Writivism 2016: Interview with Writivism Judge Richard Ali A Mutu (in French)

Valérie: C’est un fait bien connu que tu as participé au projet Africa39 en 2014 à Port Harcourt, où on t’a élu l’un des 39 écrivain(e)s les plus prometteurs en Afrique. Peux-tu nous décrire ta trajectoire d’écrivain avant ce moment ?

Richard : Oh ! Tout premièrement, permets-moi d’abord de commencer par te remercier pour cette opportunité… Une interview assez exclusive sur le blog de Writivism, c’est pas peu de chose.

Tiens, voilà, au fait, mon parcours d’écrivain n’a vraiment rien d’exceptionnel jusque là à ce que je puisse dire personnellement. Ceux ou celles qui m’observent pourront peut-être en dire le contraire, mais bon. J’ai commencé tout petit à m’intéresser à la littérature. J’écrivais ci et là dans des cahiers d’élève mes poèmes, oui, surtout des poèmes sous le style on ne peut plus lyrique. Puis, voulant bien me développer, j’ai commencé à participer aux concours littéraires sur le net (donc internationaux) et aussi quelques uns qui étaient organisé au pays. Je me souviens que c’est à l’âge de 15ans et demi que j’ai écrit mon tout premier roman qui portait le titre de « ETIKE ». Juriste de formation, c’est à l’âge de 21 ans que je pense m’être décidé à me dévouer totalement à l’écriture ; et l’événement déclencheur fut ma désignation en tant que lauréat du « Prix littéraire Mark Twain » organisé par l’Ambassade américaine (USA) dans mon pays et qui récompensait chaque mois la meilleure nouvelle littéraire. Je suis resté le plus jeune de la compétition à avoir gagné cette récompense et cela m’avait beaucoup marqué et permis de continuer à rêver et essayer de vivre mon rêve : celui d’être écrivain dans un pays où un tel rêve était de la pure folie pour quiconque et surtout pour un jeune.

Par la suite, j’ai commencé à publier : un recueil des nouvelles, aujourd’hui réédité par une grande maison d’édition en République démocratique du Congo , puis un roman en lingala qui a fait toute la suite jusqu’à ma sélection parmi les 39 du projet Africa39 que vous évoquiez.

Valérie: Qu’est ce qui t’a inspiré à écrire en lingala ?

Richard: Je ne sais pas ou, disons, je ne sais plus trop comment répondre à cette question. C’est comme on pourrait oser demander à un écrivain Belge francophone « qu’est-ce qui t’a inspiré ou poussé d’écrire en français ? » ou à un écrivain américain « Pourquoi tu écris en anglais ?, etc. ». Mdr. Cette question ne peut qu’arriver à un écrivain africain qui écrit dans sa langue de tous les jours. Hélas !

Voilà, pour tenter de te répondre, je dirai : c’est peut-être simplement parce que j’aime le Lingala plus que nulle autre Langue sur cette terre ! Voilà ! je sais que ça va bien étonner plusieurs et même peut-être faire rire certains, mais je pense bien dire ce que je dis : j’aime cette langue. Et puisqu’être écrivain veut dire tout simplement d’abord «Celui qui écrit ou qui a une relation particulière avec l’écriture », je pense que c’est ça : J’aime écrire, et puisque c’est pas le fait d’écrire en français ou en anglais qui fait de moi « écrivain » ; je pense que j’ai donc la latitude d’écrire en n’importe quelle langue qui m’intéresse ; et là, depuis un bon moment, c’est « écrire en lingala, ma langue maternelle, la langue que j’aime tant, la langue de mon peuple, la langue de mon lectorat direct, qui m’intéresse le plus ! ».

En gros, pour résumer, retenez juste que c’est le gout d’une autre aventure qui m’a attiré vers le lingala comme langue d’écriture. Je vis dans un pays de plus de 70 millions d’habitants où tout le monde ou presque parle cette langue, le lingala ; alors comprenez que ça ne soit que normal que puisque je parle de ces gens dans mes écrits, que je le leur rende aussi dans leur langue du quotidien.

Valérie: Le monde littéraire anglophone commence à se familiariser avec ton œuvre, mais qui constitue ton lectorat de base ?

Richard: Oui, et ça me plait beaucoup en tout cas. Je note avec satisfaction, que je me suis toujours fait une bonne idée de la littérature avec les histoires que nous racontons : ce sont des histoires humaines et donc appelées à intéresser la race humaine et ce, peu importe où elle se retrouve, aux USA, en Afrique du Sud, en France, au Nigéria, au Canada, en Ouganda, etc. Il suffit de la traduire dans la langue du milieu pour que les gens la découvrent.

Pour votre question, Je pense l’avoir dit tantôt sans savoir que vous alliez me la poser… Oui, comme je l’ai dit, mon lectorat de base jusque là, oui je dis bien « jusque là » (rires) demeure encore les gens de mon pays et peut-être surtout ceux de Kinshasa. Il suffit que je me mette à écrire que du coup je ne pense que Kinshasa et à Kinshasa. Cette ville et ses habitants m’habitent ! Je suis un peu dingue de Kinshasa et des kinois. Il faut visiter cette ville et rencontrer les Kinois.

Valérie: Pourrais-tu nous décrire la scène littéraire congolaise ?

Richard: « En plein foisonnement depuis un temps ». Voilà en un mot ce que l’on peut dire actuellement de la scène littéraire congolaise. Oui, elle renait avec éclat de ses cendres. La littérature congolaise a, à un moment de son histoire, dominé la littérature du continent, elle avait ses grands noms, elle avait beaucoup fait parler d’elle, puis plus rien pendant un long moment ; mais maintenant, elle est là, de retour sur la scène littéraire mondiale avec de nouveaux noms… Bofane, Mwanza, Bibish, J-C Ntuala, Parole, Sinzo, Mbwiti, etc.

Les activités littéraires ont repris ou reprennent avec force peu à peu. Il faut saluer le dynamisme des jeunes ou de la jeune génération qui s’est beaucoup battu pour que l’on reprenne à parler d’elle en ce jour. Des nouvelles maisons d’éditions voient le jour, des événements littéraires d’envergure nationale et internationale s’organisent, des ateliers et conférences ci et là, des publications pratiquement chaque semaine, etc. En tout, cette littérature (comme son football) s’est réveillée et elle arrive… Soyez prêts ! (rires).

Valérie: Un atelier Writivism a eu lieu à Kinshasa en fin-janvier 2016. Comment s’est déroulé l’événement ? 

Richard: Oh, mais quel événement ! Je pense à ce sujet qu’il faut les images et lire les commentaires ou appréciations des participants à cet atelier pour juger de l’impact de cet atelier. Je souhaite vivement vraiment qu’un prochain numéro du Blog vous publiez les appréciations des participants à cet atelier que nous avons eu le privilège d’animer en y associant quelques écrivains du pays. Ce fut un atelier unique. Inoubliable. C’était très bien. Tout s’est très bien passé. De très bons moments de partage d’expériences littéraires dans le domaine de l’écriture de la nouvelle. Tout s’est passé dans un climat très convivial, et Writivism a bien pris ses ailes !

Valérie: Comment est-ce que les kinois ont reçu le concept de Writivism, particulièrement l’aspect panafricain ?

Richard: Oh, oui, belle question, je pensai même placer quelques mots sur ça si jamais vous ne me l’aviez pas posée. En fait, moi je pense que cet atelier a le mérite d’avoir fait pénétrer le concept «  Writivism » dans l’espace francophone congolais. C’est ce que je viens de dire sous forme métaphorique dans ma réponse à la question qui précède : « Writivism a bien pris des ailes ! ». Je résumais donc comme ça l’impact du concept dans notre zone et surtout ici dans mon pays le Congo. Tout le monde a voulu en savoir un peu plus sur « Writivism ». A chaque fois que je publiai quelque chose sur Writivism, ça suscitait une forte curiosité de mes amis et de l’entourage. Cet atelier avec le concept « Writivism » a vraiment réussi à faire tomber les barrières séculaires de nos deux zones : Anglophone et Francophone !

D’une certaine manière et à sa manière, l’interpénétration que nous souhaitions tous, il y a peu, de nos deux zones  a réussi avec ce premier coup d’essai du Writivism, parce qu’avant tout nous sommes tous d’abord « écrivains africains !  ».

Longue vie à Writivism ! « Writivism wumelaaaaa !!! »

Merci, Val !

Valérie: Merci à toi, Richard !

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